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Presse

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Extraits

«Par-delà ses qualités documentaires et humaines, Bruno Manser - Laki Penan avance avec pudeur et prudence une thèse qui, de prime abord, semble égratigner l'icône écologique, mais en fait la transcende, l'élevant d'une certaine façon du statut de militant à celui de figure christique.»
Antoine Duplan, L'Hebdo, 1 novembre 2007, p. 104

«De plus en plus, les documentaires qui entrent dans le circuit commercial sont ceux qui parasitent leurs sujets avec des effets fictionnels (musiques de film d'épouvante, images de synthèse, etc.). De peur d'ennuyer, sans doute. Dans ce contexte, Bruno Manser - Laki Penan ... est une vraie bouffée d'air frais.»

«Christoph Kühn ... s'éloigne du personnage médiatique Manser qu'il n'appréciait pas particulièrement, ainsi que de l'enquête attendue (où a-t-il disparu au printemps 2000?), pour s'intéresser au destin de l'individu Bruno.»

«Vous n'aimiez pas outre mesure Bruno Manser et ses actions? Vous allez donc adorer Bruno Manser Laki Penan. Christoph Kühn s'est montré assez consciencieux pour ne pas s'arrêter sur la légende. Il est lui-même allé à la rencontre des Penans, ceux-là même qui étaient devenus la deuxième famille du jeune naturaliste. Et leur voix supplante tous les effets dramatiques que Kühn aurait pu inventer.»

Thierry Jobin, Le Temps 31 octobre 2007, p. 39


24heures Weekend, 1 novembre 2007
LE DOCU DE LA SEMAINE 

Le rêve perdu de Laki Penan

Le réalisateur zougois Christoph Kühn a exploré les archives personnelles de Bruno Manser avant de partir, à plusieurs reprises, sur les traces de cet amoureux passionné de la jungle. De quoi rectifier son image d'agitateur professionnel pour y substituer celle d'un utopiste romantique.

A 12 ans, Bruno Manser confiait ses rêves dans une rédaction sur le thème «Quand je serai grand». Le regard de l'adolescent bâlois s'embrumait déjà de visions idéalistes. «Si seulement je pouvais un jour aller à Sumatra, à Bornéo et en Afrique pour y vivre comme un homme des cavernes au plus profond de la jungle…» Le documentariste Christoph Kühn a suivi cette piste, celle de l'aventurier fondu dans la nature de Sarawak sur l'île de Bornéo, plutôt que celle du militant écologiste qui de retour au pays, bataillait lors d'actions coup de poing. Bruno Manser Laki Penan raconte cette histoire. Interview avec un cinéaste du sensible.

Vous êtes de la même génération que Bruno Manser. Comment perceviez vous le personnage?

Evidemment, tous les gens de mon âge connaissaient Bruno Manser comme un phénomène médiatique, avec ses cheveux courts, ses lunettes à la Gandhi. Quand je le voyais à la télévision, je ne le trouvais pas intéressant, je n'appartiens pas à ce clan extrémiste de protecteurs de la nature, je ne suis pas un militant en ce domaine… même si je ne suis pas contre, je pense plutôt à gauche. Mais quand j'ai lu son journal intime, avec ses dessins, ses annotations, j'ai découvert un autre Bruno Manser, une vision poétique et romantique de la vie. Cela a créé une parenté entre lui et moi.

Bruno Manser -- Laki Penan insiste d'ailleurs sur son tempérament utopiste. Même s'il sait son rêve voué à l'échec…

Au départ du projet, j'ai beaucoup discuté avec sa famille, ses amis. Très vite, ces conversations m'ennuyaient car en Suisse, cet homme est considéré comme une icône, un héros incontestable. (Silence.) J'ai alors réalisé qu'il me fallait aller dans la jungle, faire la connaissance de l'autre Bruno. Là-bas, les Penans ne connaissaient d'ailleurs pas Manser l'agitateur, ils avaient fréquenté un aventurier, presqu'un petit enfant, qui vivait son rêve.

Avez-vous été tenté de mener le film comme une enquête sur sa disparition, toujours non élucidée, au printemps 2000?

Non, car le documentaire aurait tourné au reportage téléfilmé. Je sais que Gunther Wallraff (n.d.l.r.: journaliste d'investigation allemand et auteur de Tête de Turc qui infiltre ses sujets d'enquête) avait le projet de percer le mystère. Lui aurait pu trouver les responsables de la mort de Bruno. Car dans cette jungle, il faut vraiment être très rusé, très malin pour trouver des indices. Au-delà, je préfère l'hypothèse défendue dans le film: il a disparu parce qu'il voulait disparaître.

Vous dites d'ailleurs que cette évaporation vous rappelle Nicolas Bouvier en Afghanistan, celui que vous évoquiez dans un précédent documentaire, 22 Hospital Street.

Oui! (Rire.) Cette phrase que dit Bouvier: «J'aimerais que ma vie s'égare dans un de ces coins d'Asie centrale que j'adore tellement…» Par coïncidence, le journal intime de Bruno Manser venait d'être mis en vente quand je travaillais sur cette séquence, et j'ai immédiatement associé les deux hommes à ce désir de se fondre dans la nature.

Aller au bout du monde pour aller au bout de soi-même, c'est ce qui vous fascine chez ces voyageurs?

Oui, et aussi, cet art de la disparition sans faire de bruit, sans laisser de traces… Cela traite beaucoup de l'humilité, de marcher profil bas au point d'oublier ce qu'on emporte et de ne prendre que ce qu'on trouve.

Vous avez eu accès à de nombreuses archives, films, cassettes enregistrées. Ont elles été la colonne vertébrale du film?

Oui et non. La vraie structure tient à marcher dans les pas de Manser dans la jungle, refaire le voyage décrit dans le journal intime, découvrir le premier Penan soucieux de la santé de cet homme blanc, qui s'inquiète de partager avec lui la pharmacopée offerte par la jungle, jusqu'à cet indigène grandiose, élancé, ce «superpère» qu'il s'était acquis. J'ai évidemment beaucoup consulté les archives. Mais vous savez, au final, il n'en demeure que cinq minutes dans mon film…

Dans la pratique, était-ce facile de rencontrer les Penans que Manser avait réellement côtoyés?

Ça dépend. Le Bruno Manser Fonds à Bâle a gardé des contacts. Mais retrouver le premier Penan rencontré par Bruno, quelle histoire! Car à cette époque, il ne parlait pas le dialecte penan, il ne comprenait pas les noms de ces gens… En plus, maintenant, beaucoup de Penans se vantent et revendiquent le statut de premier interlocuteur de Bruno Manser, le premier homme blanc qu'ils voyaient! (Rire.) Le journal le décrit très précisément, note un prénom, Bachan. J'ai alors suivi cette piste, demandé dans les tribus si elles avaient un Bachan. J'ignorais que ce prénom est aussi commun que Pierre chez nous…
J'ai alors repris le journal, examiné le dessin qui indique un lieu où passent cinq tribus nomades. Et par hasard, j'ai rencontré en ville un Penan qui vit avec une Anglaise. Le couple horrible d'un homme démuni de tout et d'une riche Européenne qui l'entretient… (Soupirs.) Et ce type désormais habillé comme un dandy, comblé en bières de marque et en cigares de luxe, me dit: «C'est mon père!» Nous sommes allés le trouver et effectivement, son père m'a conduit au bon Bachan. Les détails qu'il m'a confiés collaient au journal, un livre auquel, évidemment, il n'avait pas eu accès.

Pensez-vous que cette acculturation est inéluctable, vous montrez d'ailleurs les Penans passionnés par la télévision ou vivant dans des maisons en dur?

Le phénomène me semble inévitable. (Ton grave.) Je m'interroge même sur l'action que peut mener le Bruno Manser Fonds contre la déforestation des derniers 10% du territoire penan. Je pense que la seule alternative serait de former cette nouvelle génération de Penans, les initier au monde, à une langue étrangère. Leur apprendre le malais ou l'anglais leur permettrait au moins d'accéder à la réalité extérieure. Car hors de la «bulle penan», ils ignorent tout, sauf la chasse. (Soupirs.) Mais il n'y a plus de gibier.

CÉCILE LECOULTRE

Des photos de plateau et du tournage son disponibles par le site du distributeur www.filmcoopi.ch (accès par mot de passe)

 

Des téléchargements sont aussi possible par le site du producteur: www.filmkollektiv.ch 

 


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